

Ce que cache la tragédie haïtienne
L
e 12 janvier, un tremblement de
terre a dévasté
Si les considérations philanthropes sont incontestables, les
motivations géopolitiques ne sont guère absentes des calculs du président
Obama. Il cherche d’abord à empêcher le spectacle d’un éventuel exode de
centaines de milliers d’Haïtiens dans des bateaux de fortune vers les
États-Unis, où se trouvent déjà quelque deux millions de leurs compatriotes.
Sans doute cherche-t-il aussi à laver l’affront de la gestion calamiteuse de
l’ouragan Katrina par son prédécesseur, G. W. Bush à qui il vient de confier,
comble de l’ironie, la coprésidence, avec Bill Clinton, de la campagne de
collecte de fonds pour le sauvetage d’Haïti !
Last
but not least
, à travers cette gigantesque
opération d’ingérence humanitaire, le président Obama, accusé d’être un «
faiblard » par ses adversaires néo-conservateurs, cherche à affirmer le
leadership américain dans le monde.
Cela n’a pas échappé aux pays voisins des États-Unis, et en
premier lieu Cuba, le Venezuela,
Pour sa part, le président nicaraguayen, Daniel Ortega, n’a pas
hésité à accuser Washington de «
manipuler
le
drame généré par le
tremblement de terre en Haïti afin
d’installer des troupes au coeur de cette nation
». «
Ce que
demandent les Haïtiens,
a-t-il ajouté,
c’est de l’aide
humanitaire, pas des militaires.
» Il traduisait en cela l’inquiétude de l’ensemble des
dirigeants latino-américains.
Pour balayer ces soupçons, Obama a intérêt, et vite, à fixer une
feuille de route pour le sauvetage et la reconstruction d’Haïti, en mettant
tous les moyens logistiques et financiers entre les mains des Nations unies, et
dans le respect total de la souveraineté de cette République indépendante mal
servie par l’Histoire et la géographie. Sans quoi, il y a fort à craindre qu’un
glissement ne se produise vers l’adoption de la stratégie de la «
nation building
», chère
à ses prédécesseurs, dont on a vu les conséquences désastreuses en Somalie, en
Irak et en Afghanistan.
Non, Haïti ne doit pas être, comme le dit Régis Debray, la «
pupille de l’humanité
». Et les
Haïtiens n’ont pas vocation à retourner vers la terre africaine, comme les y
invite à le faire le président sénégalais Abdoulaye Wade. La reconstruction
d’Haïti incombe aux seuls Haïtiens, avec la solidarité de tous les pays.
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