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Editorial

Ce que cache la tragédie haïtienne


L e 12 janvier, un tremblement de terre a dévasté la République d’Haïti. En plus des 150 000 personnes ensevelies, c’est l’État haïtien qui a fait naufrage. Non seulement le palais présidentiel, mais aussi toutes les structures étatiques, économiques et sociales qui auraient pu faire face à la tragédie se sont écroulés. Face à l’ampleur du désastre, les États-Unis ont investi l’île, qu’ils avaient déjà occupée entre 1915 et 1934, mais cette fois-ci pour lui porter secours. Des milliers de soldats américains ont débarqué, prenant le contrôle de l’aéroport sous prétexte de gérer la catastrophe humanitaire et le flux des aides et des secours, au grand dam des autres pays qui se voient relégués au rang d’auxiliaires.

Si les considérations philanthropes sont incontestables, les motivations géopolitiques ne sont guère absentes des calculs du président Obama. Il cherche d’abord à empêcher le spectacle d’un éventuel exode de centaines de milliers d’Haïtiens dans des bateaux de fortune vers les États-Unis, où se trouvent déjà quelque deux millions de leurs compatriotes. Sans doute cherche-t-il aussi à laver l’affront de la gestion calamiteuse de l’ouragan Katrina par son prédécesseur, G. W. Bush à qui il vient de confier, comble de l’ironie, la coprésidence, avec Bill Clinton, de la campagne de collecte de fonds pour le sauvetage d’Haïti ! Last but not least , à travers cette gigantesque opération d’ingérence humanitaire, le président Obama, accusé d’être un « faiblard » par ses adversaires néo-conservateurs, cherche à affirmer le leadership américain dans le monde.

Cela n’a pas échappé aux pays voisins des États-Unis, et en premier lieu Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, et même la France dont les responsables ont jugé ce corps expéditionnaire américain « trop exagéré », voire « incompréhensible ».

Pour sa part, le président nicaraguayen, Daniel Ortega, n’a pas hésité à accuser Washington de « manipuler le drame généré par le tremblement de terre en Haïti afin d’installer des troupes au coeur de cette nation ». « Ce que demandent les Haïtiens, a-t-il ajouté, c’est de l’aide humanitaire, pas des militaires. » Il traduisait en cela l’inquiétude de l’ensemble des dirigeants latino-américains.

Pour balayer ces soupçons, Obama a intérêt, et vite, à fixer une feuille de route pour le sauvetage et la reconstruction d’Haïti, en mettant tous les moyens logistiques et financiers entre les mains des Nations unies, et dans le respect total de la souveraineté de cette République indépendante mal servie par l’Histoire et la géographie. Sans quoi, il y a fort à craindre qu’un glissement ne se produise vers l’adoption de la stratégie de la « nation building », chère à ses prédécesseurs, dont on a vu les conséquences désastreuses en Somalie, en Irak et en Afghanistan.

Non, Haïti ne doit pas être, comme le dit Régis Debray, la « pupille de l’humanité ». Et les Haïtiens n’ont pas vocation à retourner vers la terre africaine, comme les y invite à le faire le président sénégalais Abdoulaye Wade. La reconstruction d’Haïti incombe aux seuls Haïtiens, avec la solidarité de tous les pays. _

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