Danger ! Armées privées

Depuis très longtemps, la plupart des entreprises du complexe militaro-industriel sont, dans les grands pays du Nord, des firmes privées productrices de biens militaires pour le compte des armées nationales. Ce sont aussi des sociétés militaires privées qui fournissent de plus en plus souvent à des États – mais également à des institutions internationales, à des organisations non gouvernementales ou à d’autres entités privées – des services techniques relatifs à la défense pour assister ou suppléer les forces armées gouvernementales : construction et maintenance d’installations militaires ; protection de sites stratégiques (gisements pétroliers ou miniers) ; logistique et ravitaillement en eau, vivres, combustibles, matériel ou munitions ; entraînement de troupes, simulations de combats, formation ; renseignement ; relations publiques auprès de gouvernements ou de firmes transnationales… Les services privés ainsi fournis vont jusqu’à la mise à disposition de personnel de sécurité spécialisé : conseillers militaires, gardes du corps, interrogateurs et interprètes, ou même mercenaires participant directement aux combats – dont l’utilisation est évidemment beaucoup plus ancienne que les sociétés militaires privées ( lire encadré p. 16 ). Tel fut le cas dans les conflits du Kosovo, de Sierra Leone et de Papouasie-Nouvelle-Guinée, ou aujourd’hui encore en Colombie, et surtout en Irak et en Afghanistan pour lutter contre les « rebelles » résistant aux troupes d’occupation. Au cours de la dernière décennie, l’appel aux services de ces sociétés privées s’est généralisé sur tous les continents, y compris et surtout aux États-Unis. Maints gouvernements qui y recourent ont prétexté que ce type d’interventions serait moins onéreux et plus efficace que celui d’armées régulières ou des forces d’interposition de l’Onu. Ce dossier propose une réflexion sur les raisons, les manifestations et les dangers de l’essor actuel de ces sociétés militaires privées.