Israël, encore un «fait colonial»
Le 14 de ce mois de mai, Israël fêtera avec ses parrains occidentaux, ceux-là mêmes qui avaient présidé idéologiquement, politiquement, économiquement et stratégiquement à sa naissance, son soixantième anniversaire. Le président américain G. W. Bush et l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, actuel émissaire du Quartet, un groupe de médiateurs comprenant les États-Unis, l’Union européenne, la Russie et l’Europe, seront de la fête. Et pour cause. Sans la Grande-Bretagne, Perfide Albion, relayée par les États-Unis, le mouvement sioniste mondial n’aurait jamais pu créer l’État d’Israël sur la terre de Palestine. Il faut admettre aussi que les persécutions contre les juifs d’Europe, perpétrées par l’Allemagne nazie, particulièrement pendant la Deuxième Guerre mondiale, ont créé en Occident une opinion compatissante favorable à la création de cet État. Cela étant, en essayant de réparer une injustice dont il est le seul responsable, l’Occident a permis la constitution d’une nouvelle injustice que le peuple palestinien subit depuis déjà soixante ans. Expulsion, errance, dépossession, massacres à répétition, blocus, système d’apartheid…
Après soixante ans d’existence et six guerres, la greffe n’a pas encore pris. Si les régimes arabes ont, à travers l’initiative arabe de paix de 2002, accepté unanimement de reconnaître l’État hébreu en contrepartie du retrait de ses troupes d’occupation aux frontières d’avant juin 1967, les dirigeants israéliens ont rejeté cette offre historique, misant sur la division du monde arabe, comme l’avaient fait, il y a quelques siècles, les Croisés. Avec le résultat qu’on connaît. Un pari bien risqué. Car, pendant ce temps, le refus arabe de ce que Maxime Rodinson avait décrit en 1967 comme un « fait colonial» se radicalise. Dans ce dossier de seize pages, nous essayons d’expliquer la genèse de ce conflit majeur et pourquoi le temps ne joue pas en faveur d’un Israël belliqueux, mû par une psychologie de la citadelle assiégée.
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