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Guinée Equatoriale/Unesco

L’Afrique risque d’être à nouveau victime de la sinistre règle des « deux poids, deux mesures » qui porte les lobbyies de la bonne conscience occidentale à être toujours plus regardants lorsqu’il s’agit des plus faibles.

Le prix du président équato-guinéen Théodoro Obiang Nguema Mbasogo sur la recherche en sciences de la vie sera-t-il jamais attribué par l’Unesco ? Le Conseil exécutif de la « vieille dame » parisienne, qui parraine la science et la culture au nom de l’ONU, s’est donné un délai de réflexion jusqu’en octobre pour en décider, après avoir reporté son attribution   une première fois en juin. L’émotion provoquée dans les milieux africains par ce refus inattendu de la nouvelle directrice générale de l’organisation, la Bulgare Irina Bokova, d’honorer une décision de son Conseil Exécutif est grande. L’instance exécutive de l’Unesco avait, en effet, accepté en septembre 2008 l’offre du président Nguema d’accorder 3 millions de dollars à un prix portant son nom, qui récompenserait un chercheur émérite dans les sciences de la vie. La moitié de cette somme reviendrait aux lauréats sur cinq ans et l'autre moitié serait consacrée aux frais de fonctionnement. L’affaire était entendue et il ne restait plus qu’à fixer la date de la première édition de cette récompense, sans équivalent en Afrique, lorsque des activistes se réclamant des droits de l'homme et de la lutte anticorruption ont décidé de faire obstruction. Ils ont mobilisé le ban et l’arrière-ban des militants de la bonne conscience occidentale pour bloquer l’opération. Ils ont bénéficié de l’indulgence – pour ne pas dire plus – d’Irina Bokova, qui s’était déjà prêtée, il y a quelques mois, aux manœuvres d’autres lobbies pour écarter le candidat du Sud, l’Egyptien Farouk Hosni, et se faire élire à sa place au poste qui lui revenait de droit. Mme Bokova, faut-il le rappeler, est issue d’une famille d’apparatchiks, qui a donné au Parti Communiste (PC) de son pays un membre du Bureau Politique (BP), son propre père, Gueorgui Bokov, rédacteur en chef de Rabotnitchesko Delo, la Pravda bulgare. Elle a suivi elle-même la filière préparant les enfants de la nomenklatura communiste aux plus hautes fonctions, de l’école de formation des cadres du parti, jusqu’à l’Institut d’Etat des relations internationales de Moscou à l’ère soviétique. Avec un tel parcours politique, elle n’était sans doute pas la mieux placée pour surenchérir sur les droits de l’homme en Afrique. L’affaire est d’autant plus trouble que l’Unesco octroie une bonne trentaine de prix parrainés notamment par des chefs d’Etat et des fondations, dont le plus renommé est celui financé par le groupe français du luxe l’Oréal. Les turpitudes de son héritière Liliane Bettencourt, assignée en justice par sa fille après avoir consenti des dons estimés à un milliard d’euros à un de ses amis, le photographe François-Marie Banier, défraient actuellement la chronique parisienne.

 

L’Oréal, dont le prix décerné annuellement en grande pompe sous l’égide de l’Unesco entre dans sa stratégie marketing, et n’est pas exempt d’arrières pensées commerciales, est loin d’être blanc comme neige. Son fondateur Eugène Schueller, père de Liliane Bettencourt, qui possédait déjà un sens aigu du marketing, appartenait dans l‘entre deux guerres au principal mouvement clandestin d’extrême droite, la Cagoule, qui se définissait comme « raciste » et   « autoritaire ». Il en fut même l’un des principaux donateurs. Il participera plus tard sous l’occupation nazie à la fondation du Mouvement social révolutionnaire, qui se proposait "de construire la nouvelle Europe en coopération avec l’Allemagne nationale-socialiste, régénérer racialement la France et les Français et de donner aux juifs qui seront conservés en France un statut sévère les empêchant de polluer notre race". Pas moins. L’époux de Liliane Bettencourt, André Bettencourt, plusieurs fois ministre, trainait lui aussi une réputation sulfureuse. Il tenait notamment une chronique régulière de 1940 à 1942 dans l'hebdomadaire La Terre française, publié avec l’accord de l'occupant allemand, qui soutenait la politique collaborationniste et pronazie du régime de Vichy du maréchal Pétain. En un mot, il n’était pas non plus un modèle de démocrate, ni un fervent défenseur des droits de l’homme. A la libération, il se serait tiré d'affaire ainsi que son beau-père, échappant aux procès faits aux collaborateurs, grâce à leur entregent auprès de la nouvelle classe politique pressée d'effacer le passé. Pourtant, le prix de l’Oréal n’a jamais été contesté au sein de l’organisation internationale ni à l'extérieur par ces mêmes ONG qui poussent aujourd’hui des cris d'orfraie.

 

D’ailleurs rien n’est encore joué concernant le prix Nguema. Car, si Mme Bokova, s'est justifiée en se disant préoccupée par « le prestige et   l’image de l’Unesco », en raison des nombreuses critiques et appels émanant de journalistes, de scientifiques, de gouvernements et de parlementaires, elle a dû reconnaître aussi que l’Unesco serait heureuse de recevoir toute contribution qui l’aiderait dans son travail par ces temps de disette budgétaire, et que le prix doit être remis. Sur le principe, l'avenir seul dira en effet si une décision du Conseil exécutif peut être mise en cause sous la pression, au risque d’ouvrir la porte à d’autres impostures de tous ordres.

Dans l’intervalle, la Guinée équatoriale, un petit pays de 28.000 kilomètres carrés devenu un géant pétrolier à l’échelle africaine, avec un revenu par habitant de 36.000 dollars en 2009, a décidé, en coopération avec l’Union africaine (UA), d’abriter l’Observatoire africain de la Science, de la Technologie et de l’Innovation, qui devrait être inauguré en 2011. L'observatoire sera doté d’un budget initial de 3,6 millions d’euros. Il s’occupera essentiellement de la collecte, du traitement et de la diffusion des données statistiques, selon M. Mba Mokuy, conseiller à la présidence chargé des organisations internationales. La proposition en avait été faite par le président Nguema et l’accord de siège signé par le président de la Commission de l’Union Africaine, Jean Ping, en juillet à Malabo. Selon M. Ping, l’Observatoire doit mettre à la disposition des membres de l’UA « une somme de connaissances techniques collectées selon les normes internationales les plus pointues afin d’assurer une visibilité sur toutes les activités scientifiques en cours sur le continent »  

 

La stupéfiante campagne menée contre la Guinée Equatoriale aura au moins servi à souder les pays africains autour d’un des leurs. Il reste à espérer que la solidarité africaine retrouvée aura finalement raison des équipées douteuses contre la Guinée Equatoriale et son président, dont le geste généreux envers la communauté scientifique internationale doit être pris en considération par l'Unesco.

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