En s’associant à Washington, à Londres et à Paris pour voter le 9 juin dernier un énième train de sanctions contre le régime iranien, la Russie et la Chine ont porté un coup de grâce à la crédibilité du Conseil de sécurité de l’Onu. Et, à l’occasion, se sont discréditées elles-mêmes. Décrié, depuis l’effondrement de l’Union soviétique, comme une chambre d’enregistrement
des volontés américaines, voilà le Conseil de sécurité redevenu un bazar où se traitent et se négocient à huis clos, entre ses cinq membres permanents et leurs supplétifs ou obligés, tous les marchés non avoués car non avouables. Cela au détriment du reste des autres membres de l’Onu qui compte aujourd’hui 192 pays. Cet organe onusien, qualifié autrefois par le général de Gaulle de « machin », est censé assurer le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Or il a autorisé depuis sa création, le recours à des guerres, protégeant certains pays estimés « amis » ou « intouchables », comme Israël, et donné aux grandes puissances mandat de mener des guerres au nom du maintien de la paix. L’exemple le plus criant a été la guerre de Corée. Le 25 juin 1950, profitant du boycott de l’Union soviétique de l’Onu et de l’absence de la Chine populaire – dont le siège permanent était alors squatté par la Chine nationaliste –, les États-Unis et leurs alliés ont poussé le Conseil de sécurité de l’Onu à déclarer la guerre à la Corée du Nord qui voulait unifier la péninsule par la force. Les États-Unis ont alors pris la tête des forces de l’Onu sous le commandement du général MacArthur.
Cela a d’abord été un succès pour les Américains, puis la situation s’est retournée avec l’intervention chinoise décidée par Mao. MacArthur proposa alors de lancer plusieurs bombes atomiques sur la Chine. Le président Truman refusa et limogea le fougueux général. Une troisième guerre mondiale, sous la bannière de l’Onu, a ainsi été évitée de justesse. Soixante après, la péninsule coréenne est encore une poudrière.
Un autre précédent où l’Onu a cautionné une guerre évitable : l’opération Tempête du désert en Irak en 1991. Encore une fois, les États-Unis, profitant de l’effondrement de l’Union soviétique, ont fait voter une série impressionnante de résolutions imposant des sanctions implacables contre l’Irak et « autorisant » implicitement le recours à la guerre. La Chine s’est abstenue. Un vote qui équivaut juridiquement à un veto. « C’est une guerre autorisée par l’Onu. Ce n’est pas une guerre de l’Onu [comme celle de la Corée] », dira plus tard, un peu honteux, Javier Perez de Cuellar, le secrétaire général de l’Onu. Plutôt que de maintenir la paix et la sécurité, cette guerre s’est doublée de treize ans d’embargo barbare ordonné par l’Onu, qui a fauché la vie à
un million et demi d’Irakiens. Inutilement.
Une autre guerre décidée « au nom de l’Onu » par G. W. Bush s’en est suivie en 2003, sous prétexte que le régime irakien menait un programme secret de fabrication d’armes de destruction massive. Un grand mensonge d’État qui causera la mort d’un million supplémentaire d’Irakiens. Sans ramener la sécurité ni la démocratie. Entre-temps, les sanctions votées par l’Onu, sous le chapitre VII, n’ont pas encore été totalement levées. Faut-il rappeler que ce n’est que tout récemment, en 2008, que le nom de Mandela a été ôté de la liste noire américaine du terrorisme ?
Ceux qui ont voté la résolution 1910 contre le régime iranien n’ignorent pas, bien qu’ils s’en défendent, qu’elle ouvre la voie à un conflit armé majeur dans la région du Golfe en instituant un blocus qui ne dit pas son nom. En infligeant des sanctions injustifiées aux catégories les plus vulnérables de la société, l’Onu renforce la mainmise du régime sur la population déjà martyrisée par une répression féroce. Cette résolution est d’autant plus révoltante qu’elle survient moins de dix jours après l’échec du Conseil de sécurité : celui-ci n’a pas condamné nommément Israël, pourtant responsable du massacre de plusieurs membres de la flottille de la paix perpétré par sa soldatesque dans les eaux internationales. Aux sanctions onusiennes imposées à l’Iran, suspecté de développer des armes nucléaires, sont venues s’ajouter des sanctions décidées unilatéralement par Washington et Bruxelles. Pendant ce temps, Israël, le seul État de la région réellement détenteur d’un programme nucléaire militaire, et non signataire du Traité de non-prolifération, n’est même pas inquiété. Il est grand temps de réformer le Conseil de sécurité qui, dans sa configuration actuelle, mérite plutôt le nom de Conseil de guerre.
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